CAMEROUN :: Corona Mbenguiste :: CAMEROON

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Un seul virus vous hante et tout est dépeuplé. Une pandémie arrive et tout a changé. Viviane n’en finit plus de maudire ce Corona qui a « virusé » sa vie. Elle qui savait jongler entre ses deux Mbengusite pour boucler les fins de mois ne sait plus où donner de la…main. Le premier, Christian, est installé en Allemagne et prétexte qu’il n’a plus d’argent depuis que la compagnie d’automobile qui l’emploie a été contrainte de fermer momentanément ses portes à cause des ravages du tueur sans visage. Viviane a plusieurs fois relancé Christian. Sans suite. « Ah ka c’est juste un prétexte, il a gardé son argent parce qu’il a peur des lendemains », s’est énervée la jeune camerounaise.

Le second, Alain, est un « italien »…d’origine camerounaise. Plus compréhensif. Trop compréhensif même. Alain s’est d’abord montré plus généreux que de coutume. Début février, Viviane a reçu 100.000 Fcfa au lieu des 50 000 Fcfa auxquels elle est habituée. Elle n’a pas trop cherché à comprendre, occupée quelle était à s’offrir une greffe dernier cri qui la faisait fondre dans un salon de coiffure huppé de Douala. Et quand son bien aimé lui a fait un autre transfert à la mi-février, c’est sa garde-robe qui a pris un coup de jeune. Là encore sans coup férir, la fille de 23 ans rendant à chaque fois gloire à Dieu qui semblait la bonifier aux yeux d’Alain en ce début d’année.

Mais Viviane n’était pas totalement ivre de cette inflation d’attention. De temps en temps, elle jetait un oeil à la télévision pour voir que le Coronavirus prenait de l’ampleur en Italie. « C’est leur problème là-bas, ils n’ont qu’à gérer », murmurait-elle quand l’inquiétude grandissait au sein même de sa famille. Et puis les choses s’empiraient en Italie. Les morts s’entassaient, l’inquiétude grandissait. Viviane prenait des nouvelles d’Alain qui lui annonçait qu’il venait lui aussi de rentrer en arrêt travail. Mais au lieu d’un tour de vis, « l’italien » semblait lâcher la bride. Un nouveau transfert de 100 mille Fcfa, début mars. Viviane ne crachait pas sur l’offrande mais cette fois elle ne pouvait s’empêcher de cogiter.

« Pourquoi me donne-t-il tant d’argent en si peu de temps ? ». Elle n’avait pas fini de cogiter que déjà l’autre annonçait son arrivée imminente au Cameroun. « Je viens me reposer avec tout ce qu’il y a comme maladies ici en Italie ». « Ekieh tu viens comment ? Il fallait attendre que la maladie passe d’abord … » lui rétorquaitelle. Viviane prêchait dans le désert. C’est au bord de la passerelle, en pleine embarcation, que le Mbengusite faisait ainsi son annonce solennelle. Le lendemain, il était là !!!!

Ignorant les dispositifs de quarantaine (pas encore en vigueur au Cameroun), Alain filait dans un hôtel de Douala où il a ses habitudes. Le temps de se poser que déjà il faisait crépiter le téléphone de sa dulcinée. « Je suis là, passe à l’hôtel le soir », lui soufflait-il, confiant de pouvoir enfin chasser le stress du Corona. Confiant, trop confiant. C’est à ce jour la dernière conversation qu’il a pu avoir avec Viviane. Sentant le danger venir, la belle choisit la feinte. Mieux, le carton rouge.

« C’est à moi qu’il va transmettre son Corona là ? Je comprends pourquoi il envoyait l’argent », susurrait-elle. Bye Bye Alain, et revoici Christophe. Oui Christophe, le mec du bled a repris du galon. Fuyant Alain comme la peste, Viviane a aménagé chez lui. Christophe ce n’est pas le Pérou. Licencié en mathématiques, le gars donne des cours dans un collège de la ville. Juste de quoi se payer un petit studio et un casse-croûte. Pas assez pour deux. Il faut donc puiser dans les réserves. Et c’est là qu’intervient le trésor de guerre emmagasiné par Vivianne. Ce sont les Mbengusite qui payent la note.

Sans être conviés à la table. Jadis courtisés, ils sont devenus des sujets à risque. Autant mieux mourir à petit feu de pauvreté que de crever subitement de Corona. Pour le reste on verra après. Quand l’épidémie sera passée, Viviane « débloquera » Alain.

Elle lui racontera une histoire bien de chez nous agrémentée d’une partie échevelée de jambes en l’air. Le Mbengusite reviendra. Mais pour l’instant il n’a qu’à rester dans son coin. Avec son Corona. Un seul virus vous traque. Et le monde est renversé.

2005 – 2020 camer.be


SOURCE: https://www.w24news.com

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