CHRONOLOGIE – Affaire Estelle Mouzin : de la disparition d’une fillette aux aveux de Michel Fourniret

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    Condamné à la perpétuité pour sept crimes sur des adolescentes, Michel Fourniret a avoué en mars 2020 avoir tué Estelle Mouzin, 9 ans, disparue depuis janvier 2003. Retour en six chapitres sur 17 ans d’une affaire emblématique de disparition d’enfant.

    Le portrait d’Estelle Mouzin, avec son timide sourire et son pull rouge, fait partie de la mémoire collective de très nombreux Français. Disparue en 2003, jamais retrouvée depuis, l’enfant de 9 ans pourrait avoir été enlevée et tuée par Michel Fourniret. Le tueur en série a été mis en examen pour ces faits en novembre 2019, près de 17 ans après la disparition, et il est à nouveau interrogé sur ce dossier les 25 et 26 août. Mais le corps d’Estelle reste introuvable. 

    Estelle Mouzin s’est volatilisée un soir d’hiver 2003 à Guermantes en Seine-et-Marne. Le 9 janvier, il neige et la fillette de 9 ans rentre de l’école. Un passant affirme l’avoir vue près d’une boulangerie vers 18h. Mais elle n’arrivera jamais chez sa mère -les parents sont séparés et son père réside à une soixantaine de kilomètres. Un peu avant 20h, la gendarmerie est prévenue.

    Une information judiciaire pour enlèvement et séquestration de mineur est ouverte dès le lendemain. Les enquêteurs pensent rapidement que la fillette a été victime d’un « prédateur » sexuel. Une mobilisation massive, tant judiciaire que populaire, se met en place.

    Battues dans la campagne environnante, fouille de domiciles, étangs sondés, dix personnes placées en garde à vue et un millier d’auditions menées en un mois… En vain. L’appel à témoins avec le visage d’Estelle est placardé partout, sur les vitrines des magasins, dans les aéroports, les gares. Un groupe d’enquête permanent est formé au sein de la police judiciaire de Versailles.

    Tout au long de l’année 2003, les auditions et les opérations de recherche et de vérification se succèdent. L’emploi du temps des 1.400 habitants du village est contrôlé, des familles interrogées plusieurs mois après la disparition pour tenter encore de raviver les mémoires. En décembre, la police interroge plus de 80 pédophiles déjà condamnés et pouvant avoir un lien avec la zone.

    En juin 2003, une série d’auditions a abouti à un élément concret : une enfant affirme avoir été importunée par un homme, dans un véhicule utilitaire blanc, à Guermantes, trois semaines avant la disparition d’Estelle Mouzin. Un portrait robot est diffusé, mais cette piste n’aboutit pas.

    La mobilisation pour retrouver Estelle et soutenir sa famille est aussi populaire. Un site internet et une association sont créés. L’appel à témoin se retrouve sur des panneaux publicitaires. Une « banderole humaine » et un portrait géant de la disparue sont déployés en mars 2003 au départ du semi-marathon de Paris. 

    Un an après la disparition d’Estelle Mouzin, plus d’un millier de personnes participent à une marche silencieuse à Guermantes. L’année suivante, un arbre du souvenir est planté au dernier endroit où l’enfant a été vue vivante. Charlélie Couture lui consacre une chanson, Estelle a disparu, qui est diffusée depuis lors de la « marche du 9 janvier », un rassemblement qui se renouvelle chaque année. 

    Estelle Mouzin est devenue un des emblèmes des enfants disparus en France. Son père, Eric Mouzin, cheville ouvrière de cette lutte, participe à la Journée internationale qui leur est dédiée, chaque 25 mai.

    Au cours de l’enquête sur la disparition d’Estelle Mouzin, 150 personnes ont été placées en garde à vue. Des fouilles de toute sorte ont été menées, des centaines de policiers et gendarmes mobilisés, souvent sur des pistes qui s’avèrent des impasses : perquisition dans un restaurant chinois de Seine-et-Marne, enquête sur un site internet pédophile créé en Estonie, valise au contenu troublant retrouvée à Besançon…

    En 2010, la photo d’Estelle Mouzin, “vieillie” de sept ans, est diffusée pour tenter d’obtenir des infos. 

    Quand une affaire d’enlèvement d’enfants émerge, les avocats d’Eric Mouzin demande aux enquêteurs de vérifier si un lien n’est pas possible avec la disparition d’Estelle. C’est le cas avec l’enlèvement de la petite Berenyss en avril 2015 en Meurthe-et-Moselle. C’est le cas aussi en 2017 avec l’affaire Nordahl Lelandais, mis en examen dans l’affaire Maëlys. Mais il est établi que le maître-chien était à l’étranger en janvier 2003.

    L’accumulation des impasses, l’absence de résultats, la lourdeur et les incohérences de la machine judiciaire mettent Eric Mouzin en colère. Dès 2007, il estimait qu’il était « dur de savoir comment progresse l’enquête ». 

    En janvier 2018, le père d’Estelle exprime sa perte de confiance dans la justice et annonce qu’il va déposer plainte contre l’Etat pour faute lourde. Il dénonce des “errements dans l’instruction du dossier de façon incontestable”, une désorganisation judiciaire, signe d' »un dysfonctionnement de l’Etat”. En 17 ans, huit juges d’instruction se sont succédés sur cette enquête.

    Eric Mouzin et ses avocats reprochent aussi aux enquêteurs d’avoir écarté trop vite la piste de Michel Fourniret, un tueur en série surnommé « l’ogre des Ardennes », condamné en 2008 à la prison à perpétuité pour cinq meurtres et deux assassinats d’adolescentes et jeunes filles. Son épouse, Monique Olivier, a été condamnée, elle, pour complicité. Les avocats d’Eric Mouzin ont assisté à leur procès devant la cour d’assises des Ardennes.

    Michel Fourniret a déjà purgé une peine de prison jusqu’en 1987 pour des agressions sexuelles. Après avoir vécu dans les Ardennes au château du Sautou, il s’est installé en Belgique, avec son épouse Monique Olivier, au début des années 90. C’est là qu’il est arrêté, après une tentative d’enlèvement sur une jeune fille, en juin 2003, soit six mois après la disparition d’Estelle Mouzin.

    L’hypothèse Fourniret est soulevée dès l’été 2003. Mais l’homme a un alibi : le soir de la disparition d’Estelle Mouzin, il a passé un coup de téléphone, depuis son domicile belge de Sart-Custinne, à son fils, né d’un précédent mariage, pour son anniversaire. En outre, Sart-Custinne se trouve à plus de 200 km de Guermantes. Les enquêteurs plaident plutôt pour une « piste locale”.

    En 2006, des éléments sur Michel Fourniret sont transmis par le procureur de la République de Charleville-Mézières au parquet de Meaux, où est instruit le dossier Mouzin. Il est aussi retrouvé chez Michel Fourniret une cassette vidéo où est enregistré un extrait de journal télévisé belge traitant de la disparition d’Estelle Mouzin. Mais cette piste est encore écartée. Jean Espitalier, directeur de la PJ de Versailles, affirme en janvier 2007 : il n’y a “rien dans le dossier qui directement ou indirectement implique Fourniret, mais il y a encore des recherches à faire pour s’assurer qu’il était bien en Belgique le 9 janvier 2003”.

    Michel Fourniret lui-même se manifeste de façon contradictoire. En 2007, avant son procès devant la cour d’assises des Ardennes, il envoie une lettre à la justice où il demande à être entendu dans les affaires Estelle Mouzin, Marie-Angèle Domece et Johanna Parrish. Dans ces deux derniers dossiers, il a été mis en examen en 2018.  La même année, il écrit à Eric Mouzin. « Une lettre, comme il sait les écrire, comme on peut le retrouver dans ces PV d’audition, l’emploi de la triple négation inversée, du mélange de tout” explique le père d’Estelle à l’AFP.

    Le coup d’accélérateur dans l’enquête sur l’affaire Mouzin et l’implication possible de Michel Fourniret tiennent notamment à un nouveau changement de juge d’instruction. A Paris, la magistrate Sabine Kheris instruit déjà les affaires Parrish et Domece dont le tueur en série a reconnu les meurtres en février 2018. Pour les connaisseurs du dossier, la juge a réussi à créer une relation de confiance avec Monique Olivier et sait s’y prendre avec Michel Fourniret, qui se qualifie de « joueur d’échecs » avec les enquêteurs.

    En juillet 2019, le dossier d’enquête est transféré de Meaux à Paris, auprès de Sabine Kheris, à la satisfaction des avocats d’Eric Mouzin. Ce dépaysement, le père de la disparue le demandait depuis plusieurs années. « Le transfert du dossier à Paris illustre la pertinence de notre demande. Mais on a encore perdu quelques mois et le temps perdu ne se rattrape jamais », réagit-il auprès de franceinfo.

    Le 21 novembre 2019, Monique Olivier, interrogée par la juge d’instruction, annule l’alibi de son mari. C’est moi qui ai passé le coup de fil, il n’était pas là, explique-t-elle en substance. Six jours plus tard, le 27 novembre, Michel Fourniret est mis en examen dans l’affaire Mouzin pour enlèvement et séquestration suivie de mort. C’est la première personne mise en examen depuis la disparition de la fillette, le 9 janvier 2003.

    Dans les multiples dossiers Fourniret, c’est souvent Monique Olivier qui avoue ou accuse, puis Michel Fourniret qui suit. En mars 2020, le tueur en série, à nouveau interrogé par la juge, reconnaît “avoir pris la vie” d’Estelle Mouzin.

    En juin 2020, des fouilles sont lancées dans l’ancien domicile de Michel Fourniret, le château du Sautou dans une forêt des Ardennes, où deux de ses victimes ont été enterrées, ainsi que dans une maison de Ville-sur-Lumes, à une dizaine de kilomètres de là. Cette maison a été occupée par la soeur du criminel, décédée en 2002, et régulièrement visitée par Michel Fourniret jusqu’à son arrestation. Sans succès.

    Le 21 août 2020, double coup de théâtre : selon son avocat, Monique Olivier, devant la juge d’instruction, a accusé Michel Fourniret d’avoir séquestré, violé et étranglé Estelle Mouzin. Toujours selon Me Delgenes, l’ADN partiel d’Estelle Mouzin a été retrouvé à deux endroits sur un matelas saisi en 2003 dans la maison de Ville-sur-Lume.

    Si cette déclaration et cet indice paraissent accabler un peu plus Michel Fourniret dans l’affaire Mouzin, on ne sait toujours pas dans quelles circonstances il aurait enlevé Estelle et où se trouve le corps de l’enfant. Le tueur en série, âgé de 78 ans, souffre de problèmes de mémoire. « C’est dans les oubliettes », a-t-il confié à la juge d’instruction en mars dernier à propos du corps de l’enfant.



    SOURCE: https://www.w24news.com

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