CM – Éolien: la mer n’appartient pas qu’aux pêcheurs!

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Par

Thiébault Dromard

le 7 mai 2021 à 7h30, mis à jour le 6 septembre 2021 à 00h00

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EDITORIAL – La France a pris du retard dans la construction de l’éolien offshore, plus efficace que l’éolien terrestre et indispensable à notre mix énergétique. Les derniers opposants sont sortis avec Fischer. Cependant, il existe des solutions sur lesquelles tout le monde peut s’entendre.

La colère gronde dans les ports. Dans un premier temps, les marins bretons se sont prononcés contre l’installation d’une flotte de 62 éoliennes marines au large de Saint Brieuc (Côte d’Armor). Leurs protestations ont rapidement été rejointes par des pêcheurs normands qui, à Fécamp et à Tréport (Seine-Maritime), s’opposent à l’installation de deux parcs en 2023 avec la même virulence. Cependant, ces dossiers font l’objet de discussions depuis près d’une décennie. Tant l’Etat que les opérateurs ont largement pris en compte les commentaires et les demandes du comité régional des pêches, puisque dans le cas spécifique de Saint-Brieuc le parc a été relocalisé plus au nord et, surtout, il a été décidé d’enfouir tous les câbles sous-marins. La méthode de calcul de l’impact des travaux et de l’installation des parcs était largement partagée par l’industrie. Car personne aujourd’hui ne peut remettre en question le fait que la plantation d’éoliennes en mer va perturber l’écosystème marin. Les études ainsi que les nombreuses expériences étrangères le confirment.

Il ne fait aucun doute que des efforts doivent être faits par l’Etat et les opérateurs. On peut imaginer que les mécanismes de compensation sont un peu mieux équipés et que leur déclenchement pour les secteurs dont les matières premières sont directement concernées et qui ont déjà été fortement perturbées par le Brexit se fera presque automatiquement. Surtout, il est grand temps que la médiation commence à Saint Brieuc pour éviter le pire.

Il y a sans doute des efforts à faire par l’Etat et les opérateurs. On peut imaginer que le mécanisme de compensation est un peu mieux équipé et que son déclenchement pour les secteurs dont les matières premières sont directement concernées et qui ont déjà été fortement perturbées par le Brexit se fera presque automatiquement. Surtout, il est grand temps que la médiation commence à Saint-Brieuc pour éviter le pire. La ministre des Pêches peut dire que sa porte reste ouverte, tout le monde comprend que les pêcheurs demandent à quelqu’un d’autre à qui parler.

Parce que nous devons sortir de cette situation le plus tôt possible. La France a pris un retard considérable: dix ans après les premiers appels d’offres, il n’y a pas d’éolienne marine en fonctionnement où cette nouvelle source d’énergie est devenue indispensable chez nos voisins. Selon RTE, l’énergie éolienne représente déjà 15% de la consommation électrique au Royaume-Uni et la moitié provient de l’énergie éolienne offshore. Au Danemark, il est de 40%, en Irlande 28%, au Portugal 25%, en Allemagne 20% et en France seulement 5%. Pour l’instant, ce n’est que grâce à l’énergie éolienne terrestre, dont le rendement est cependant nettement inférieur à celui de l’éolien marin. Le Royaume-Uni compte désormais plus de 2 225 éoliennes offshore (contre une seule éolienne expérimentale en France au large de Saint-Nazaire) et pourtant l’industrie de la pêche, plus grande que la nôtre, ne s’est pas effondrée.

Bien sûr, pendant longtemps, les pêcheurs français ont été les seuls ou presque à vivre de la mer et leurs industries créent des emplois: rappelons qu’un emploi en mer en crée trois à terre. L’arrivée de cette industrie perturbera inévitablement leurs conditions de travail. Mais la mer ne leur appartient pas. Les pêcheurs ont raison de se battre pour défendre leurs intérêts, mais ils doivent comprendre qu’ils n’ont pas le monopole des ressources marines. La mer est un bien commun dont l’usage doit être correctement articulé.

De son côté, cependant, l’État a laissé la situation s’aggraver en retardant la réorganisation et la planification de l’espace maritime en France en concertation avec le monde de la mer. Un premier document stratégique pour le front maritime a déjà été rédigé. Il reste encore à affiner. C’est le travail d’Annick Girardin, ministre de la Mer. Cette nouvelle géographie marine le rendra plus facile à voir. Certaines zones particulièrement riches en poissons pourraient ainsi être sanctionnées, évitant les débats publics et les retards prolongés.

Autre option possible sur laquelle tout le monde pourrait s’accorder: la généralisation des éoliennes flottantes. L’expérience menée à Saint-Nazaire pendant deux ans est concluante. Cette solution répond à de nombreux critères: L’éolienne flottante peut être installée plus loin de la côte et absorbe donc des vents plus forts et plus réguliers. Loin du rivage, c’est moins un problème pour la pêche côtière. Même les adversaires les plus féroces de l’éolien offshore se rendent désormais compte que la natation présente de réels avantages. Les projets actuels n’intègrent pas encore suffisamment cette innovation. Cependant, la France a la possibilité de rattraper son retard sur cette technologie directement auprès des bureaux d’études français.

Énergie éolienne

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