Déçu, le Grand Nord lâche Paul Biya et menace ! Voici les détails

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    Des ressortissants des trois régions septentrionales, sous la coupole d’une entité désignée «Ligue du Grand Nord», ont initié un pamphlet sur la marginalisation dont ils sont victimes de la part du régime de Yaoundé, non sans annoncer la rupture du pacte d’avec le RDPC, au profit du MRC.
    D’après le quotidien Le Jour dans sa parution de ce mardi 28 avril 2020, des ressortissants des trois régions du Septentrion, Adamaoua, Nord et Extrême-Nord, se sont réunis le 28 mars dernier à Yaoundé, pour évaluer les retombées des 38 ans du Renouveau de Paul Biya. Ladite rencontre, la deuxième du genre après celle tenue en fin février à Garoua, a fédéré la base et l’élite, et a connu la participation des acteurs politiques, économiques, administratifs, universitaires et estudiants.

    Ils s’estiment marginalisés, et ont étayé leur position par des exemples dans divers domaines. Ils font une analyse géopolitique et même géostratégique de la place qui leur est accordée dans la gestion de la cité, et n’y voient que du menu fretin. «La discrimination est plus flagrante encore dans l’Armée, la Gendarmerie et la Police, où le nombre des appelés connaît une réduction drastique et programmée depuis les événements de 1984. Dans ces trois corps, les ressortissants du Grand Nord sont moins de 2%», illustrent-ils.

    Aussi, ils envisagent de geler l’alliance historique avec le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), pour amorcer un rapprochement avec le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), et «d’œuvrer pour la libération sans condition du Premier vice-président du MRC, Mamadou Mota, un vaillant fils du Septentrion».

    Mémorandum publié par le journal Le Jour (édition n°3163 du mardi 28 avril 2020) :

    La base et l’élite qui absolvent leurs divergences séculaires pour se parler les yeux dans les yeux, sans langue de bois, c’est suffisamment rare pour être souligné au Cameroun. Que s’est-il donc passé pour que les filles et fils du Septentrion daignent enfin s’asseoir au tour d’une même table ? La magie s’est produite non pas une fois mais deux fois. La première, c’était fin février 2020 dans la métropole régionale du Nord, Garoua. La seconde rencontre s’est tenue à Yaoundé, le 28 mars dernier. Elle a regroupé le ban et l’arrière ban politiques, économiques, administratifs, universitaires et estudiantins du Septentrion camerounais. Certains anciens ministres, sénateurs, députés, enseignants d’universités, opérateurs économiques, étudiants du Grand Nord, ont tu leurs divergences idéologiques, religieuses et régionales pour s’épancher sur l’avenir de ce « grand marginalisé » du Renouveau qu’est le Grand Nord.

    Au regard de la mobilisation et de l’envie de se construire un destin commun, on ne peut s’empêcher de penser à ces quelques mots de l’écrivain brésilien, Paulo Coelho dans « l’Alchimiste » qui disait « Quand on veut une chose, tout l’Univers conspire à nous permettre de réaliser notre rêve ». Ce rêve éveillé est à mettre au crédit d’un ancien haut cadre de la République qui a réussi à fédérer les forces vives du Septentrion. La première rencontre de Garoua a scellé des retrouvailles inédites sans toutefois dégager un consensus. La diversité sociale des participants et la variété des sujets abordés n’ont pas permis de circonscrire les priorités du Septentrion ainsi que la démarche politique à adopter. Une équipe restreinte composée de 2 anciens ministres, 5 parlementaires, 3 enseignants et 2 étudiants, a été chargée d’élaborer pour la réunion de Yaoundé les axes d’un décollage politique, économique et social du Grand Nord.

    LA CONCERTATION DE YAOUNDE

    Ce groupe de réflexion que les participants à la rencontre de Garoua ont appelé « LA LIGUE DU GRAND NORD » (LGN), en référence à la LIGUE DU NORD (parti politique italien créé par Umberto Bossi, dirigé depuis 2017 par Matteo Salvini), n’a vraiment pas chômé les quatre semaines précédant la seconde concertation du 28 mars 2020. La LGN a consulté tout azimut, échangé autant avec la base qu’avec l’élite et dressé un tableau synoptique des maux et ressentiments du Grand Nord. Et enfin, elle a exploré les pistes d’un changement profond et durable. Dans une sorte de mémo, la LIGUE égrène ces actes manqués et promesses non tenues du système.

    Sur le plan politique, la LIGUE indique que du fait de la faible légitimité de la plupart des élites dans leurs régions, la fracture générationnelle ne cesse de s’élargir. Les autorités de Yaoundé se complaisent pourtant à désigner année après année aux hautes fonctions managériales ces élites non représentatives de la base.

    Elle trouve inique la répartition des députés en fonction du nombre d’habitants par département. Incompréhensible donc que les départements du Mayo-Banyo, du Mayo-Tsanaga, du Mayo-Louti, du Logone et Chari, du Diamaré, de la Bénoué, de la Vina pour ne citer que ceux-là, ont chacun un nombre d’habitants au moins supérieur à toute la région du Sud, mais curieusement, aucun de ces départements n’a plus de 5 représentants à l’Assemblée Nationale contre 11 pour la région Sud. Dans le Mayo-Rey, un parti politique ayant obtenu plus de 36 000 voix lors des législatives de février 2020, n’a pu avoir de député alors que dans la région du Sud, la majorité des députés ont été élu avec moins de 10 000 voix.

    La discriminante est plus flagrante encore dans l’Armée, la Gendarmerie et la Police, où le nombre des appelés connaît une réduction drastique et programmée depuis les événements de 1984. Dans ces trois corps, les ressortissants du Grand Nord sont moins de 2%. La LIGUE est très amère quand elle évoque le Grand Dialogue National, initiative du Chef de l’Etat, et donc les débats ont délibérément éludé les souffrances des populations de l’Extrême-Nord, de l’Adamaoua et du Nord, meurtries par les assauts répétés et mortels de la secte Boko Haram, les prises d’otages avec demande de rançons. Situations qui affectent la quasi-totalité des activités génératrices de revenus, assignant ces populations à une paupérisation sans issue.

    Elle s’étrangle face au cas, deux poids, deux mesures que vivent les prisonniers de l’Opération Epervier originaires du Septentrion. L’ex Directeur Général de la Crtv, Amadou Vamoulké, très malade, abandonné à lui-même sans suivi médical, n’a pu bénéficier de la « magnanimité » du Chef de l’Etat comme l’ont été, l’Homme d’Affaires, originaire de l’Ouest, Yves Michel Fotso (évacué au Maroc), I’ex-Premier ministre, originaire du Sud-Ouest, Inoni Ephraïm (évacué en Allemagne) ou encore l’ex-ministre des Finances, originaire de la région du Centre, Essimi Menyé (évacué en France). Les condamnations aux mépris du Code Pénal camerounais et des dépositions des témoins, de l’ex-Secrétaire général de la Présidence de la République, Marafa Hamidou Yaya et de l’ex-Directeur général de la Sodecoton, Iya Mohamed relèvent d’une situation kafkaïenne.

    LE PLUS GRAND DESERT MEDICAL DU CAMEROUN

    La Ligue fustige la confusion savamment entretenue par le pouvoir en place sur l’homonomie des noms à consonance sahélienne, pour nommer des ressortissants des autres régions au détriment des ceux du Septentrion. L’ambassadeur du Cameroun à N’Djamena, Mohamadou Tanimou (originaire du Sud- Ebolowa), le Directeur général adjoint du Port Autonome de Kribi, Harouna Bako (originaire du Centre, Nanga-Eboko), le Général de Division, Baba Souley (originaire du Centre –Yaoundé, quartier Briqueterie) … Sont pris pour des ressortissants du Grand Nord, alors qu’ils ne le sont pas.

    Dans le domaine de la Santé, la LIGUE déplore le désert médical dans lequel est confiné depuis des lustres le Grand Nord. Aucun hôpital de référence dans les trois régions réunies alors que la seule région du Sud compte deux hôpitaux de référence (les hôpitaux de Sangmelima et d’Ebolowa). Incroyable mais vrai qu’en cette période incertaine où sévit le Coronavirius, tout le Septentrion ne dispose d’aucun lit de réanimation et de respirateur. Autre black-out, les médecins spécialistes. Pas de gynécologue, de néphrologue, de cardiologue, de diabétologue, de virologue, de neurologue, d’urologue encore moins de médecin réanimateur dans tout le Septentrion.

    La Ligue est révulsée lorsqu’elle note l’état actuel des infrastructures routières. Insupportable d’assister au fil des années à la dégradation accélérée de la mythique nationale 1 qui relie Ngaoundéré à Kousseri. Elle s’étonne que le Génie militaire ait reçu neuf milliards de Francs CFA pour la réfection de l’axe routier Maroua Kousseri, avec au final une route toujours impraticable, obligeant la Banque Mondiale a résilié le contrat. Lequel axe a fait l’objet d’une attribution de gré à gré au profit des sociétés écrans dont les véritables actionnaires seraient des membres du gouvernement. Les liaisons aériennes en direction de Ngaoundéré, de Garoua et Maroua sont supprimées contribuant à isoler de plus en plus le Grand Nord du reste du Cameroun. La liaison ferroviaire, qui relie Yaoundé à Ngaoundéré, jadis appelée la Gazelle du Nord, est assurée désormais par des trains poubelles chancelantes. A ces exemples concrets, la LIGUE rappelle les maux séculaires que sont le sous-développement, l’analphabétisme, le délit de faciès…

    RAPPROCHEMENT AVEC LE MRC ET LIBERATION DE M. MOTA

    Pour un changement raisonnable et profond des régions septentrionales, la LIGUE énonce une kyrielle des mesures parmi lesquelles deux qui ont fait l’unanimité et vraisemblablement vont bousculer les habitudes et mettre fin au sempiternel jeu de poker menteur auquel le Grand Nord est livré depuis une trentaine d’années. La LGN s’engage à promouvoir le rapprochement générationnel.

    Elle préconise de geler l’alliance politique avec le pouvoir en place et d’amorcer un rapprochement avec le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et d’œuvrer pour la libération sans condition du Premier Vice-président du MRC, Mamadou Mota, un vaillant fils du Septentrion. Sur ce second point, quatre personnalités (1 ancien ministre, 1 parlementaire, 1 opérateur économique et 1 enseignant d’université) ont été désignées pour entamer incessamment des pourparlers avec l’équipe dirigeante du MRC. L’objectif avoué étant d’aboutir à un processus de conquête et de partage de pouvoir.


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