Elections 2020: les déplacés anglophones désirent voter

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    Le principal parti d’opposition n’ayant présenté aucun candidat, le parti du président Paul Biya est quasiment certain de l’emporter une nouvelle fois.

    Les Camerounais sont appelés à voter dimanche pour des élections législatives et municipales en partie boycottées par l’opposition et qui ne suscitent guère d’enthousiasme dans un pays où près d’un million de personnes ont été déplacées par deux conflits meurtriers.

    Dans Yaoundé, la campagne électorale pour ces scrutins reportés à deux reprises depuis 2017 est très discrète: quelques banderoles incitent les passants à aller voter, à peine plus nombreuses que celles exhortant les habitants à ramasser leurs déchets.

    Dans ce pays d’Afrique centrale où 75% de la population a moins de 35 ans et n’a connu qu’un seul président, Paul Biya, 86 ans dont 37 au pouvoir, le double scrutin ne déchaîne pas les foules. Aussi à Yaoundé, les militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti du président, exultent d’avance.

    Le parti d’opposition, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto, adversaire malheureux de Paul Biya à la présidentielle de 2018, n’ayant présenté aucun candidat, le RDPC est quasiment garanti de rafler la mise une nouvelle fois. Il possède déjà une majorité parlementaire écrasante (148 sièges sur 180). L’opposant numéro un, Maurice Kamto, est à l’étranger. Après avoir passé près de neuf mois en prison pour avoir participé à des marches contestant sa défaite à la présidentielle de 2018, il a appelé les Camerounais à boycotter le vote de dimanche.

    «Nous pouvions avoir quelque sièges de députés et quelques conseillers municipaux mais en quoi est-ce qu’on influencerait le cours des événements au Cameroun?», a affirmé M. Kamto à l’AFP au cours d’un passage à Paris.

    Crise séparatiste

    Selon lui, la tenue de ces élections est une erreur, compte tenu que, dans l’Ouest anglophone, les affrontements entre indépendantistes et armée ont fait plus de 3.000 morts en deux ans, et déplacé plus de 700.000 personnes, selon plusieurs ONG.

    Faire campagne dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest n’est d’ailleurs pas sans risque: des candidats de l’opposition et de la majorité présidentielle affirment avoir été attaqués par des rebelles indépendantistes depuis qu’ils ont annoncé prendre part au vote. Des inquiétudes planaient également sur la sécurité des bureaux dans la région de l’Extrême-Nord, où les attaques du groupe djihadiste Boko Haram se sont intensifiées ces trois derniers mois.

    La participation des déplacés à ce scrutin interroge également, car près d’un million de personnes, victimes de ces deux conflits, ont fui leur domicile, selon des estimations de l’ONU. Plusieurs déplacés anglophones à Yaoundé, qui ont souhaité garder l’anonymat, ont affirmé à l’AFP avoir voulu s’inscrire sur les listes électorales sans succès.

    Autre enjeu, celui du visage de l’opposition: «Etant donné que le MRC n’est pas là, qui sera le premier parti d’opposition?», se demande Stéphane Akoa, chercheur à la fondation Paul Ango Ela. Les candidats d’une myriade de partis d’opposition, 49 en comptant les deux scrutins, enchaînent les débats et les grands oraux sur les chaînes d’information.

    Les regards se tournent vers le premier parti d’opposition camerounais à l’Assemblée, le Social democratic front (SDF), qui compte actuellement 18 députés. Après avoir hésité, il a finalement décidé de participer au scrutin. Mais le SDF, habituellement implanté dans les communautés anglophones, est sous la pression de mouvements indépendantistes plus extrêmes. Il doit également faire face à la concurrence du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) du jeune opposant Cabral Libii, arrivé troisième à la présidentielle et candidat aux législatives dans l’Ouest, région dont il est originaire et où il part favori.

    En l’absence de risque pour la majorité au parlement, la presse se focalise sur les mairies. Certaines grandes villes, dont Douala, la capitale économique, pourraient ainsi passer à l’opposition. «Les enjeux sont locaux», souligne M. Akoa.

    Source: lefigaro.fr

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