Entre Covid, télétravail et chômage partiel, les syndicats tentent une rentrée en présentiel

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POLITIQUE – 863 à Béthunes, 106 à Morhange, 646 à Messimy… Ces quatre derniers jours, comme depuis plusieurs mois, les annonces de suppression d’emplois, conséquences directes de la pandémie de coronavirus, se multiplient partout en France. C’est dans ce contexte social pesant que plusieurs syndicats et associations étudiantes font leur rentrée sur le pavé ce jeudi 17 septembre. 

Les revendications sont nombreuses en cet automne: hausses de salaires, abandons “définitifs” des réformes des retraites et de l’assurance chômage, réduction du temps de travail “sans perte de salaire.” Les inquiétudes ne le sont pas moins, pour des salariés confrontés au spectre des plans sociaux comme pour des étudiants, dont bon nombre se retrouvent à vivre dans une précarité galopante.

Malgré ce sombre tableau, les grands syndicats ne sont pas parvenus à s’accorder sur un mot d’ordre et une date commune pour cette rentrée. Seuls la CGT, FSU et Solidaires accompagnés de plusieurs organisations étudiantes appellent à la mobilisation ce jeudi. FO décidera la semaine prochaine d’une éventuelle action quand la CFDT a préféré lancer sa propre initiative.

Ce qui laisse augurer des rangs clairsemés. D’autant que si la crise économique semble propice au mécontentement, le contexte sanitaire l’est beaucoup moins. “Je ne vous dis pas que ce sera la mobilisation la plus importante des dix dernières années…”, euphémise d’emblée Didier Bourgoin secrétaire général à la FSU.

Le trafic sera d’ailleurs globalement normal sur les lignes ferroviaires a promis la SNCF, tandis que la grève n’aura “pas d’impact” dans le métro parisien selon la RATP. Une première indication d’une rentrée moribonde pour le mouvement syndical alors que la CGT-Cheminots notamment appelait à la mobilisation.

Le secrétaire général de la branche Laurent Brun voit en ces difficultés la conséquence d’une “triple reprise”: “la reprise six mois après une grève reconductible dure, une reprise après les vacances et une reprise après le confinement.”

Mais pour Didier Bourgoin, c’est tout le contexte actuel, qu’il soit sanitaire ou économique, qui ne joue pas en faveur de grandes mobilisations sociales.

“C’est sûr qu’avec le discours dominant, les questions vides, on doit emprunter, le remboursement ne va pas se faire tout seul, il faut faire des sacrifices etc… l’ambiance est un peu particulière”, nous raconte le syndicaliste. Et d’ajouter: “il est a craindre que certains disent ’vous voyez, ils n’ont mobilisé personne. Et on sait très bien que certains collègues vont avoir plus de mal à venir notamment à cause du covid, des gestes barrière…”

On ne se fait guère d’illusion non plus à la CGT. La secrétaire confédérale Nathalie Verdeil évoque un “militantisme inédit” contraint notamment par les protocoles sanitaires en entreprise.

“Même si la CGT a l’habitude, les dispositifs comme le chômage partiel nous posent des difficultés pour rencontrer les salariés ou organiser des réunions dans une période de rentrée où on doit reprendre contact avec eux”, explique-t-elle. “Nous avons été dans l’obligation d”annuler des réunions parce que certains collègues avaient des formes d’appréhension”, raconte également Didier Bourgoin de la FSU, pour attester de ces difficultés.

Nathalie Verdeil parle également d’un “chantage à l’emploi” qui ferait réfléchir à deux fois un homme ou une femme souhaitant faire grève.“Tous les ingrédients sont là pour se mobiliser, mais la peur n’engendre pas toujours l’action chez les salariés”, estime Nathalie Verdeil. 

Et dans ce contexte, les syndicats ne pourront sans doute pas compter sur la jeunesse pour grossir les rangs des cortèges. 

À l’Unef, l’Union nationale des étudiants de France, qui appelle à mobilisation, on évoque juste un premier rendez-vous, comme pour minimiser l’importance de cette journée d’actions. “Là c’est une date particulière pour les jeunes. On n’est pas tous rentré à l’université, ce n’est qu’une première date, on verra après si on continue d’aller crescendo”, nous explique la présidente Mélanie Luce.

Et après? Tous les responsables concernés par la mobilisation ce jeudi s’accordent sur un point: cette journée doit être le coup d’envoi de beaucoup d’autres contestations sociales à venir. “C’est un coup de semonce, le premier étage d’un immeuble qui est en train de se construire et de dire: ’ça ne peut pas continuer comme ça”, veut croire Didier Bourgoin de la FSU. 

“L’ambiance un peu particulière ne doit pas nous empêcher de réfléchir, d’avoir les idées claires et d’exprimer notre opinion”, explique-t-il.

Et pour se donner du baume au coeur, le syndicaliste cite les mobilisations autour du Ségur de la santé, comme la preuve que des frondes sociales peuvent émerger dans un contexte sanitaire et sécuritaire troublé. “Quand il le faut, les salariés savent se mobiliser”, espère-t-il.

Peut-être moins optimiste dans l’immédiat, Nathalie Verdeil concède que ce jeudi 17 septembre “ne sera pas le grand soir.” Mais elle ne manque pas de rappeler que des mobilisations ont cours en plusieurs endroits du territoire pour sauver des centaines d’emplois dans les entreprises. Et la responsable syndicale de souffler: “beaucoup de salariés n’ont pas la tête baissée.”

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SOURCE: https://www.w24news.com

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