Le Diable, tout le temps : critique de temps en temps sur Netflix – Critique Film

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Remarqué comme producteur et réalisateur de la série The Sinner, Antonio Campos, également metteur en scène de Simon Killer, long-métrage oublié mais à la noirceur prémonitoire, est de retour sur Netflix, avec Le Diable, tout le temps, thriller ténébreux porté par un énorme casting. 

Dès son ouverture, le récit multigénérationnel de Campos prend soin de nous indiquer sur quel terrain nous évoluons. Traumatismes guerriers, accent trainant, végétation luxuriante et religiosité, le Southern Gothic nous tend les bras. Indiscutablement, l’adaptation du roman de Donald Ray Pollock se veut fidèle à l’esprit et au style de l’œuvre originelle, ainsi qu’à un pan entier de l’histoire littéraire et cinématographique américaine. 

On retrouve ici le regard d’entomologiste navré d’un Jim Thompson et l’âpreté d’un Faulkner tandis que le découpage tente plus d’une fois de faire un peu de pied au chef-d’œuvre de Richard Brooks, Elmer Gantry, le charlatan, quand le récit tente de capter la ferveur de ses protagonistes. C’est avec une même gourmandise que Campos lorgne du côté du Nouvel Hollywood. Tous ces ingrédients renverront les amateurs à un univers certes ultra-balisé, mais conjugué ici avec un soin indiscutable, ainsi qu’un certain amour du détail. 

Ce terrain de jeu s’avère idéal pour un casting spatial, qui rassemble seconds couteaux identifiés, comédiens confirmés et stars en pleine ascension. Haley Bennett, en passant par Sebastian Stan, Riley Keough, Mia Wasikowska, Jason Clarke, Tom Holland ou Robert Pattinson s’en donnent ainsi à cœur joie, se plongeant avec un délice évident dans les dépouilles mortelles d’une sacrée tripotée de salopards. Prêcheurs déments, dévots de la dive bouteille ou fils à la vengeance prodigue, tout ce petit monde impressionne la pellicule avec une aisance bienvenue. 

Malheureusement, pour désireux que soit Le Diable, tout le temps de ressusciter la noirceur d’un certain cinéma, et de la littérature qui l’a inspiré, il s’avère bien incapable d’en faire grand-chose de très intéressant. Le plaisir de suivre un récit produit avec un certain luxe et bardé d’intervenants talentueux confère à l’exercice un confort de visionnage indéniable, mais souligne paradoxalement la vanité de l’exercice. 

Comme un touriste fantasmant son voyage, Campos aligne bien trop de clichés, et peine plus d’une fois à conférer une dimension organique à son récit, dimension d’autant plus importante que ce dernier aligne les rebondissements crapoteux. Ainsi, difficile de croire au segment central, provoquant la bascule de tous les personnages vers l’abîme, tant l’enchaînement de névroses et de coïncidences paraît s’aligner mal avec la complaisance de certaines séquences. Un problème d’équilibrage d’autant plus criant qu’avec plus de deux heures au compteur, le film a parfois plus des airs d’album panini de la déviance que la magnétique traversée du Styx imaginée par son créateur.

Soigné, sombre et poisseux, cette chronique funèbre d’un Sud en pleine décrépitude morale est à la fois trop référencé et épais pour tout à fait convaincre, malgré le soin apporté à sa confection et son interprétation.

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Dur de regarder objectivement le film après avoir lu et été abasourdi par le puits de noirceur qu’est le livre.



SOURCE: https://www.w24news.com/news/le-diable-tout-le-temps-critique-de-temps-en-temps-sur-netflix-critique-film/?remotepost=281062

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