Mort d’Ebru Timtik, avocate turque, après 238 jours de grève de la faim

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    Portrait

    Ebru Timtik est décédée jeudi 27 août, 28 jours après son admission à l’hôpital, au bout d’une interminable grève de la faim pour réclamer un procès plus équitable. L’avocate avait été condamnée l’année dernière à plus de treize ans de prison.

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    Le cercueil est drapé de rouge et de noir et est recouvert d’œillets vermeils, fleur ottomane traditionnelle et symbole révolutionnaire des mouvements de gauche. Dessus, trône un petit portrait, celui d’Ebru Timtik, avocate décédée jeudi 27 août après une grève de la faim de 238 jours. Elle avait été incarcérée puis condamnée en 2019 à plus de treize ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste », le DHKP-C.

    Selon ses proches et des défenseurs des droits de l’Homme, elle a été accusée de liens avec cette organisation terroriste uniquement car certains de ses clients étaient poursuivis pour ce motif et qu’elle défendait leurs dossiers. Bahar Kimyongür, opposant au régime turc vivant en Belgique, a connu Ebru Timtik et a même été défendu par elle. Pour lui, l’avocate était « une figure de proue, un visage familier pour des milliers de personnes qui l’ont croisée dans les tribunaux et les chambres mortuaires » ainsi qu’un « bouclier, que nous pensions capable d’encaisser tous les coups ». Il décrit une femme « solaire, tout le temps heureuse, une poétesse dans l’âme qui passait ses journées à chanter ».

    L’avocate faisait partie du cabinet People’s Law Office qui a traité d’affaires très médiatiques, notamment celle de la mort de Berkin Elvan, à 15 ans, alors qu’il manifestait dans le parc Gezi pendant les mouvements d’opposition de 2013. Il avait été touché à la tête par une bombe lacrymogène tirée par des policiers. Le cabinet avait aussi comme clients deux éducateurs spécialisés renvoyés après le coup d’État du 15 juillet 2016, Nuriye Gülmen et Semih Özakça, mais les quatorze avocats du cabinet ont été arrêtés deux jours avant l’ouverture de ce procès, prévue le 14 septembre 2017.

    Incarcéré en même temps et pour les mêmes motifs qu’elle, l’avocat Aytac Ünsal a lui aussi commencé une grève de la faim 31 jours après Ebru Timtik pour réclamer un procès plus équitable. À déjà plus de 200 jours de privations, sa vie est en danger. Des manifestants se sont rassemblés quelques heures après la mort de l’avocate devant le siège de l’ordre des avocats d’Istanbul, qui a déployé un immense portrait d’Ebru Timtik sur sa façade. Après une minute de silence, ils ont commencé à scander « Ebru Timtik est éternelle » et à réclamer la libération d’Aytac Ünsal. Le syndicat des avocats de France a réclamé dans un communiqué que Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, exige sa libération. Une demande qui risque « de ne pas être entendue par le gouvernement d’Erdogan », regrette Jean Marcou, professeur à Sciences-Po Grenoble et spécialiste du pays.

    Le dirigeant turc met en effet l’accent sur les tensions en Méditerranée orientale et les provocations que la Turquie doit y affronter d’après lui, ce qui a entraîné une vague de soutien nationaliste.

    Néanmoins, il n’est pas improbable, selon le chercheur que ce décès ravive les mobilisations des femmes, qui ont beaucoup manifesté ces derniers mois contre les menaces que le gouvernement a fait peser sur la convention d’Istanbul, accord international défendant les droits des femmes victimes de violences. « Il ne faut pas oublier que les seules fois où l’AKP a reculé c’était lors de manifestations de femmes, déclare-t-il, lorsqu’il était question de limiter le droit à l’avortement et lorsqu’un projet avait été soumis au Parlement pour que les hommes qui ont abusé de mineures ne soient pas poursuivis s’ils se mariaient avec ces jeunes filles après ».

    Ebru Timtik était une femme militante, d’origine kurde zaza et de confession alévie : « elle incarnait toutes les tares de la société turque selon Erdogan », assène Bahar Kimyongür. Son appartenance à cette minorité kurde, qui représente tout de même « 20 % de la population » rappelle Jean Marcou, et qui est régulièrement persécutée, pourrait accroître l’image répressive du régime, à l’international comme à l’intérieur du pays.

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    SOURCE: https://www.w24news.com

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