World news – FR – Pierre de Villiers: « Je suis un homme de responsabilité, pas un homme de pouvoir »

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L’ancien chef d’état-major Pierre de Villiers est devenu populaire grâce à son rêve d’une France unie

Le col de chemise entrouvert, la gabardine repliée sur le dossier d’une chaise, le général Pierre de Villiers avale sa portion de poulet à la crème servie dans un plateau en aluminium Autour de la table, installée dans les locaux de l’association Vivre les Mureaux, une dizaine de camarades masqués et cagoules Chômage chronique, attente de papiers, espoir de stages, l’ancien soldat écoute, sa voix discrète se faufilant dans le brouhaha Puis, lissant sa mèche cendrée, il dit combien il les trouve courageux et qu’il a su des milliers de gars comme eux, des bataillons de scélérats que l’armée, cette toupie, s’est métamorphosée en héros

Niaki, Roger, Ousmane, Rodrigue, Siham d’accord Le général continue Il faut le croire: dans le pré de la vie, ce sont la bonne herbe, et pour que cette dernière ne se laisse pas étouffer par le mauvais, il n’y a pas besoin de se trémousser, il faut tondre près de Ras et souvent Le général demande du pain Personne ne l’entend, il attrape une part Incroyable comme ce soldat parle doux Est-ce qu’il donnait ses ordres de cette façon quand, à la tête de l’infanterie mécanisée bataillon de la brigade Leclerc, a-t-il été le premier à entrer au Kosovo? Mena-t-il doucement ses 2 500 hommes sur les champs de bataille d’Afghanistan? Est-ce le même qui, le chef d’état-major de l’armée, a présenté à Emmanuel Macron, élu quelques semaines plus tôt, sa démission fracassante – une première dans l’histoire de notre République?

Le général cinq étoiles, « quarante-trois ans dans l’armée », a découvert cette ville des Yvelines – 50 000 habitants, 100 nationalités et 20% de chômeurs – en juillet 2017, trois jours après avoir quitté son appartement en fonction à l’armée Ecole En quelques heures, tout s’était envolé: les 250000 soldats sous sa tutelle, les agents de sécurité, la voiture avec chauffeur, le protocole, les initiales, les rencontres dans les salons de l’Elysée Devant sa pile de cartons, transportés dans le van qu’il est allé chercher « chez Total, aux Essarts, en Vendée », le général lutte contre le vertige l’appelle Jean de Wailly, infatigable trésorier du centre de coopération économique territoriale des Mureaux Il lui propose de l’accompagner jusqu’aux perdus ville, à trente-cinq minutes de Paris Depuis, Pierre de Villiers y retourne au plus vite « Je respecte ces jeunes, dit-il, ils sentent mon autorité et mon humanité, je les aime »

Son prochain livre, le troisième, sort cette semaine « Balance is courage » sonne comme un manifeste politique Exhortation à « réparer la France », diagnostic d’un pays divisé où les campagnes, les villes et les villes forment « trois France qui ignorent, jaloux et se critiquent mutuellement « , dénonciation d’un manque de stratégie au profit de manœuvres tactiques successives, l’auteur tue l’obsession du repentir, la confiance endommagée, le mépris des élites, et embrasse large, très large danger migratoire, terrorisme, éoliennes, 5G, le sport, les vertus du silence, le coronavirus, le jardinage et les bienfaits du pardon Il est difficile de trouver le sujet omis dans cette fresque parsemée de citations couvrant un arc tendu de Périclès à Sylvain Tesson Certains aimeraient y lire une ambition, mais alors un programme manquerait à cet appel généreux à la fraternité L’homme de 60 ans « est devenu un homme public en introduisant par effraction », comme il se dit drôle, le confirme: la politique n’est pas son affaire « Je suis un homme de responsabilité, pas un homme de pouvoir »

En fait, la notoriété pèse sur lui, un costume trop visible pour ceux qui ont grandi en uniforme Désormais, on l’arrête quand il parcourt ses 5 kilomètres au Champ-de-Mars, on saute quand il dit son nom au téléphone Jusqu’à récemment, le célèbre Villiers était pourtant l’autre, frère de sept ans son aîné, le très conservateur Philippe, l’homme du Puy du Fou, deux fois candidat à la présidentielle Le général s’étonne de ce rockeur, de cette lumière crue qui brille sur lui, le plus jeune, le si discret Nous lui demandons ce qui les sépare Il balaie: «Nos parents nous ont donné un trésor, l’accord de famille; on la chérit « Un peu plus tard, il observera: » On peut regretter la mondialisation, on ne peut pas la contester Nous vivons dans un monde ouvert, embrassons notre temps pour le façonner « Là c’est Pierre n’est pas Philippe Pierre ne chérit pas la nostalgie, l’ambition ou la tactique Et puis il n’écrit pas de SMS au Président de la République pour se plaindre

Poussé par la volonté de «faire le bien et semer de petites graines», le général remplit son agenda qu’il tient désormais sans l’aide d’un secrétaire Visites des camps de migrants à la Porte de la Chapelle, conversations aux Mureaux, conférences aux HEC, tables rondes: cette vie missionnaire républicaine est née lors de ses adieux le 19 juillet 2017, où il a réalisé « être aimé », après avoir si longtemps obéi Dans le jardin du Ministère des Armées, une garde d’honneur de 2 000 soldats le saluant autour du drapeau du 2e régiment de dragons de Haguenau «Il y a tous les âges, tous les grades», se souvient-il; ils savent que je les aime « Dans la voiture qui l’emmène, assis à côté de sa femme, Sabine, quelques larmes Puis les vacances dans sa maison en Vendée, achetée il y a vingt ans Le matin, écrivant son premier livre, l’après-midi, les préparatifs du mariage de sa fille et, toute la journée, le téléphone silencieux Dans la chaleur de cet été, il comprend qu’on ne lui offrira aucun emploi civil Son nom dans un organigramme sonnerait comme une insolence envers le nouveau président de la République

À l’arrivée de l’hiver, le succès en librairie de son premier ouvrage, «Servir», l’étonne et l’enchante: 180 000 exemplaires achetés, des autographes à gogo, des salles «pas pleines mais pleines» Il crée un cabinet de conseil. Approché par le Boston Consulting Group , il le consacre un jour par semaine « Je ne travaille pas pour les Américains, je conseille les entreprises françaises et les cadres français », se défend-il quand on lui dit que ce choix d’une entreprise étrangère déplaît aux rangs

Il découvre qu’il a une expertise et un savoir-faire Unir, fédérer les individus au service d’un bien commun, définir une stratégie claire Les patrons déchirent ses interventions, Sciences po lui donne des leçons Le leadership et l’autorité sont son mantra, et les leaders avoir la chair de poule quand l’ancien commandant de l’Afghanistan leur dit comment il a ordonné à ses hommes de se rendre au front, sans savoir combien reviendraient vivants après la tombée de la nuit Dans son appartement parisien de 60 mètres carrés, depuis un bureau le long du mur de sa chambre, il a écrit un nouveau livre un an plus tard, « Qu’est-ce qu’un chef? » », Bientôt vendu 160 000 exemplaires Ses activités de conférencier explosent, on arrache le gentil général qui donne du courage

Cette ardeur, bien que lucrative, ne le satisfait pas « On ne peut continuer à ne rien faire quand on sait que des milliers de personnes dorment dehors, je veux être acteur », explique-t-il Et le voilà à récurer les associations, les quartiers, villes, pour dire que la France est une belle et grande nation que l’État doit servir – et non l’inverse – et qu’ensemble nous pouvons «rêver à quelque chose qui nous dépasse « 

Le général de Villiers aime ses lecteurs, les gamins des domaines, les gamins des écoles de commerce comme il aime le drapeau, le pays et comme il aimait ses soldats avec qui il jouait au foot et faisait du jogging Il est interdit de le doubler mais, après l’effort, « on prend un café, et là tu as la vérité des prix, pas besoin de table ronde » Ah l’armée, cénacle du vrai parler et de la marche debout! Sa vocation patriotique n’est pas, assure-t-il, un héritage transmis par deux grands-pères militaires et un père; il a été construit au stade Marcel-Saupin de Nantes, où son père, Jacques, l’emmenait tous les samedis avec ses deux grands frères, Philippe et Bertrand

Les quatre se tenaient à la périphérie, ces allées où la place coûte moins cher Pierre, 8 ans, étendit les pieds pour voir les joueurs, le nez sortant à peine de la bannière publicitaire. Lorsqu’il entendit « La Marseillaise », le garçon frissonna Cette chanson, il l’a depuis chantée à chaque prise d’armes, chaque garde au drapeau – « et, à chaque fois, sans exception, je suis prise par une bouffée d’émotion », confie le général

Une fois le match terminé, il s’est glissé, faible, entre les supporters pour commander les saucisses et les frites, dont une sans sel pour son père cardiaque Puis le quatuor s’est rendu au village de Geneston Arrêt au bistrot, commente les joueurs , leurs actions et leurs échecs, histoire de la vache qui s’est échappée du voisin, de la pluie et du blé qui s’est mouillé Ses fiançailles ont surgi là, dans ces étreintes, ces combats où le vicomte Jacques a embrassé le facteur, le fermier, le pharmacien et le travailleur

Pour servir la France, le jeune Pierre s’était promis; il est pensionnaire, à 10 ans, puis élève au Prytanum militaire national, puis Saint-Cyr, l’armée blindée et de cavalerie, chef de peloton au 2e régiment de dragons A chaque étape, il impose le football Du match joué au Kosovo entre Serbes et des Albanais qu’il a réussi à mettre en scène alors qu’il était colonel dans l’opération Kfor, il garde la vidéo, montrée à Sylvain Kastendeuch, ancien joueur professionnel Le ballon n’a pas suffi à construire la paix, mais n’est-ce pas le lot des « petites graines » d’être patient?

En quittant les jeunes des Mureaux, le général croise la route d’un certain «Jo la Douille» sur le trottoir Des lunettes de mode, des vêtements luxueux, le jeune homme le toise, en riant Pierre de Villiers s’arrête A-t-il un travail? «Je gère», répond-il, évasif Le général le regarde avec ses yeux clairs puis, l’ayant salué, il rejoint Rodrigue, Niaki, Ousmane et les autres sur le terrain voisin Match de foot « Je les aime », a-t-il encore dit Décidément, Pierre de Villiers n’est pas fait pour la politique

Pierre de Villiers, Ruth Elkrief, Islam

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SOURCE: https://www.w24news.com

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