Cameroun : le plus grand réseau de vol des salaires des fonctionnaires dévoile ses méthodes

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Les membres d’un réseau ont décrit le SDC comme se consacrant de manière inappropriée à la trésorerie en usurpant l’identité et les salaires de certains fonctionnaires dont les certificats de dépôt auprès des Finances étaient en retard. J’entre dans ce réseau par le canal I de M. Simon Pierre Ambole, qui travaille au Trésor de Yaoundé. […] Il m’a fait savoir qu’il dispose d’un réseau de domiciliation des salaires auprès des banques sous des noms d’emprunt […] J’avoue avoir joué deux rôles: le rôle du médiateur et le rôle de l’usurpateur. Modératrice car j’ai présenté Claudine Chanase Seleck. Usurpateur parce que je portais l’identité de Willy Ndogmo Djonfack.  » L’homme qui fait cette déclaration repentante est Nathan Eba Ndzana. Il se défend devant le Tribunal Pénal Spécial (TCS) contre la plainte selon laquelle il aurait reçu frauduleusement le salaire du professeur de sport Willy Ndogmo Djiofack en lui volant son identité après avoir retiré ses bons de caisse en retard au Trésor de Yaoundé (TGY). L’accusé, qui était de service au ministère des Sports au moment des faits, a été traduit en justice pour détournement de fonds présumé d’une somme de 11,6 millions de francs. En effet, les 12 et 13 janvier, le tribunal a entendu les cinq accusés impliqués dans le procès. Dans le procès, les accusés sont accusés d’avoir usurpé l’identité de certains fonctionnaires avant de percevoir leurs salaires de manière inappropriée en retirant leurs «bons de caisse en retard» au TGY. En plus de leurs salaires, ils ont reçu des prêts bancaires aux chiffres controversés.

Pour sa défense, M. Eba Ndzana affirme avoir été contacté par M. Ambole, alors en poste au service de la comptabilité à la TGY. Ce dernier lui a fait part de ses «intentions de constituer un réseau» pour toucher les bons de caisse abandonnés dans ses services. Il l’invitait donc à intégrer le réseau et de recruter d’autres membres. «Je n’avais pas refusé l’offre mais j’avais posé un certain nombre de conditions» sur l’identité des véritables propriétaires des bons de caisse épiés, les pièces à fournir et «comment allait se faire le partage des gains».

Partage du gain
L’accusé précise que les personnes enrôlées dans le réseau devaient fournir leurs demi cartes photos en vue de l’établissement d’une carte nationale d’identité avec le nom usurpé. Le «patron du réseau» se chargeait lui-même de l’ouverture des comptes bancaires pour le virement des salaires

querellés. Tous ces comptes bancaires étaient domiciliés à Afriland First Bank. S’agissant du «partage du gain», M. Eba Ndzana explique que la recrue recevait la moitié du salaire, M. Ambole empochait 40% de l’enveloppe, lui-même en tant qu’«intermédiaire» touchait le reste d’argent. H dit n’avoir recruté que Claudine Chanase Seleck, les (feux autres «usurpateurs» Elisabeth Mouale et Thomas Edili Onam ont été enrôlés par un certain Georges Nyangoue Babagna, une connaissance de .M. Ambole. Il avoue avoir perçu le salaire de M. Ndogmo Djiofack d’un montant de 157 306 francs entre novembre 2015 à novembre 2017, soit la somme cumulée de 4,6 millions de francs. A cette époque, la victime était en service au lycée technique d’Akwa dans la ville de Douala.

«Comment expliquer vous l’imputation d’un détournement de 11,6 millions de francs qui vous est faites ?», interroge son avocat, Me Mampang. M. Eba Ndzana explique que le matricule de M. Ndogmo a été créé en novembre 2013, mais c’est au mois de mars 2014 que l’intéressé a lui-même perçu le rappel de son salaire avant de cesser de récupérer ses bons de caisse.

Il soutient que les bons de caisse de la période allant d’avril 2013 à octobre 2015 d’un montant cumulé de 3 millions de francs sont toujours en souffrance à la TGY. Pour étayer cet argument, il a présenté un document intitulé «déclaration de recette» récapitulant lesdits bons, et signé par un responsable, de la Pairie générale du Trésor.

Son avocat a promis verser cette pièce aux débats après l’avoir mise en la forme exigée par la loi pour être admise au dossier du tribunal Selon l’accusé, les enquêteurs ont considéré comme détourné le montant global généré par le matricule de M. Ndogmo à partir de la date de sa création jusqu’au déclenchement de l’affaire en novembre 2017, sur la base d’un listing obtenu au Minfi. D’où le montant de 11,6 millions de francs qu’on lui impute. Mais la plupart des déclarations faites par M. Eba Ndzana ont été contestées par ses coaccusés pendant leurs témoi-, gnages, exceptée Claudine Chanase Seleck qui les a corroborées.

Commune de Nkoteng
Me Pensy Jacques, l’avocat de M. Ambole a posé une série de questions à M. Eba Ndzana tendant à savoir «l’autorité» que son client avait sur lui, «l’obligation de reverser 40%» du butin, «la garantie que tout allait bien marcher» etc. L’accusé a chaque fois répondu : «on avait des rapports de confiance. C’est sur la base de la confiance qu’on travaillait».

Intégré à la Fonction publique dans le cadre des «25 mille jeunes», M. Ambole, présenté comme étant le «boss du réseau», a nié les faits. Il affirme qu’entre 2011 et 2016, il travaillait au bureau d’ordre du service de la comptabilité à la TGY. A ce poste, il n’avait pas la possibilité de manipuler les bons de caisse. Sa tâche consistait plutôt à enregistrer dans les livres journaux les factures payées au service de la dépense. Il a fait la connaissance de M. Eba Ndzana à travers une collègue de ce dernier, la nommée Sylvie Kouda. Il prétend n’avoir jamais rien traité avec lui. Quand l’affaire éclate, en novembre 2017, il est en fonction à la mairie de Nkoteng comme receveur municipal

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Lors du contre-interrogatoire de M. Ambole, le ministère public a lu à son attention «les déclarations accusatrices» faites pendant les enquêtes par Mme Seleck et M. Eba Ndzana à propos de son supposé leadership dans le réseau suscitant sa réaction.

«Ces déclarations sont complètement fausses puisque quand l’affaire éclate je suis à Nkoteng», réagit l’accusé. Pour sa part, le tribunal a voulu savoir si ses deux «accusateurs» pouvaient avoir accès aux bons de caisses à la TGY bien que ne travaillant pas dans cette institution. «Je ne sais pas ! Les bons de caisse se trouvent au service de la dépense», répond l’accusé. Avant d’ajouter avoir fait la connaissance de ses coaccusés après son interpellation.

Mme Seleck reconnaît de son côté avoir siphonné le salaire de Odette Atanga d’un montant de 179 mille francs durant*25 mois. Sur ce montant, M. Eba ne lui remettait que 50 mille francs. Alors qu’on lui impute le détournement présumé de la somme de 26,7 millions de francs, elle évalue le préjudice causé à l’Etat à 4,4 millions de francs.

«Dans quel contexte faites-vous la connaissance de M. Embole ?», interroge son avocat. La dame raconte que 6 mois après son enrôlement au réseau, elle était «exaspérée du partage». «J’avais insisté pour rencontrer M. Ambole après une opération de retrait M. Eba Ndzana et moi sommes allés à sa rencontre. Il lui a remis l’argent devant moi. La deuxième fois, c’était à la Trésorerie. Ce jour, nous avons pris un pot ensemble. Je précise que M. Eba Ndzana me l’avait présenté comme le patron».

Avant de révéler : «déjà en détention, M. Ambole est venu à ma rencontre pour que je témoigne en sa faveur moyennant une somme d’argent. J’ai refusé en lui promettant de dire la vérité». Lors du contre-interrogatoire, M. Ambole a certes reconnu la rencontre alléguée, mais a nié les termes des échanges.

Vision 4
Mme Seleck raconte que son enrôlement au réseau s’est déroulée à la suite d’un malheur. Elle a perdu son emploi d’agent d’entretien à la chaîne de télévision Vision4 après s’être fracturée une jambe à la suite d’un accident de la circulation. Elle s’est retrouvée au chômage avec un nourrisson souffrant de drépanocytose. Raison pour laquelle, elle s’est laissée séduire par la fraude.

Avant son incarcération, Elisabeth Mouale exerçait comme agent d’entretien dans les services du Premier ministre. On lui impute le supposé détournement de 10,4 millions de francs réalisé entre novembre 2013 et février 2016. Elle prétend n’avoir indûment perçu le salaire de Véronique Eye Ngono d’un mon tant de 164 mille francs de novembre 2015 à février 2016. C’est M. Eba Ndzana, «son amant», .qui l’a enrôlé dans le réseau. Ce dernier lui remettait 34 mille francs après chaque retrait de salaire. Mais M. Eba a nie le copinage évoqué.

Le tribunal s’est intéressé aux pièces qui leur permettait d’entrer en possession de l’argent. La dame déclare la carte nationale d’identité frauduleuse et sa photocopie. A la fin de chaque opération, dit-elle, M. Eba conservait ladite carte d’identité pour tenir les membres du réseau. «Comment avez-vous fait pour obtenir un crédit de 2 millions de francs», poursuit le tribunal. Mme Mouale explique que le dossier afférent a été monté par M. Eba. De cet argent, elle n’a reçu que 600 mille francs, M. Eba ayant promis de remettre le reste au «patron du réseau» : M. Ambole qu’elle dit n’avoir jamais rencontré.

M. Edili Onam répond d’un supposé détournement de 21,2 millions de francs. Il travaillait cuinip» agent d’entretien à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beat) au moment des faits. 11 avoue avoir perçu le salaire de Marcel Nguia d’un montant de 179 mille 24 mois durant.. 11 recevait 70 mille et reversait le resté entre les mains de M. Eba Ndzana qui l’a recruté dans le réseau. Cet accusé s’est parfois montré confus dans certaines déclarations. Lors de son contre-interrogatoire, te ministère public a abondamment.relevé des variations entre son témoignage et ses déclarations faites kirs des enquêtes demandant chaque fois où se trouve la vérité.

A titre de rappel, les accusés médient sur leur sort à (a prison centrale de Yaoundé depuis plus de 2 ans. Ils répondent d’un supposé détournement de la somme totale de 70 millions de francs réalisé comme déjà évoqué.

C’est une dénonciation adresses, au Premier ministre (PM) en 2017 par Jean Paul Mbarga Owona, enseignant de français au lycée de Makaï, qui a mis le feu aux poudres. Ce dernier signalait au PM avoir découvert qu’un imposteur s’est servi de son matricule pour spolier l’Etat. Le PM avait instruit l’ouverture immédiate d’une enquête. Peu après, certains membres du réseau étaient démasqués.

Dans cette affaire, l’accusation a mis de côté les montants, obtenus par les mis en cause sous forme de crédit bancaire à travers les matricules querellés. Des fonds qualifiés par l’accusation.de patrimoine privé des banques. L’accusation a également fermé les yeux sur les maillons du réseau ayant établi les cartes nationales d’identités au centre de la fraude. L’audience reprend le 22. février prochain afin que la défense .verse ses éléments de preuve suivi du réquisitoire du ministère public.

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